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Appel à communications - Spatialités communautaires, activismes et politiques de mémoire: mettre en histoire et en espace le VIH/sida et les luttes des groupes marginalisés | 14–15 août 2026


 

Appel à communications

Spatialités communautaires, activismes

 et politiques de mémoire :

mettre en histoire et en espace le VIH/sida

et les luttes des groupes marginalisés

14–15 août 2026

MEM – Centre des mémoires montréalaises, Montréal, Canada

Direction scientifique : Olivier Vallerand et Anthony Raynal, Université de Montréal

en collaboration avec les Archives gaies du Québec

[English follows]

L’épidémie du VIH/sida constitue un événement structurant de la modernité tardive, au croisement des politiques de la santé publique, des régimes de visibilité médiatique et des reconfigurations des subjectivités sexuelles. Elle a produit une « épidémie de signification » (Treichler, 1987), c’est-à-dire un champ discursif saturé d’interprétations concurrentes, de métaphores et de narrations hégémoniques. Pourtant, l’épidémie entretient aujourd’hui un rapport ambivalent à la mémoire : à la fois présente et menacée d’effacement, institutionnalisée mais politiquement neutralisée (Castiglia et Reed, 2011). Loin d’être un simple objet d’histoire médicale, le VIH/sida a constitué un laboratoire théorique majeur pour les études queers. Douglas Crimp (2002), Leo Bersani (2009) ou encore Simon Watney (1987) ont articulé critique de la représentation, analyse des régimes de respectabilité et dénonciation des dispositifs moralisateurs encadrant la sexualité homosexuelle. L’épidémie a ainsi contribué à reformuler les rapports entre sexualité, visibilité et pouvoir, en mettant au jour les logiques biopolitiques (Foucault, 1972) régissant la gestion différentielle des vies.

Ce symposium propose de déplacer ces débats vers une réflexion approfondie sur la dimension spatiale de l’épidémie et de ses mémoires. Si la biopolitique régule les corps, elle s’inscrit toujours dans des spatialités concrètes : hôpitaux, maisons de fin de vie, logements communautaires, mais aussi bars, saunas, parcs, rues et appartements privés. En ce sens, l’espace ne constitue pas un simple cadre, mais un opérateur actif de subjectivation et de résistance (Bérubé 2003 [1984]; Urbach 1993; Ricco 1994, 2002; Betsky 1997; Tattelman 1997; Kotsioris 2020). En ce sens, et ce particulièrement dans le cas de crise épidémique, l’espace urbain peut être envisagé comme produit social, traversé par des rapports de pouvoir et des luttes d’appropriation (Soja, 2010). Les géographies queers ont montré comment les minorités sexuelles ont investi et resignifié des fragments urbains pour en faire des territoires de sociabilité, de désir et de solidarité. L’épidémie du VIH/SIDA a profondément reconfiguré ces spatialités : certains lieux sont devenus des espaces de soin ou de mobilisation, d’autres des sites de deuil, d’autres encore ont disparu sous l’effet conjugué de la mortalité massive et de la gentrification (Schulman, 2012).

À Montréal et ailleurs, les mutations du tissu urbain et l’insitutionnalisation des lieux de mémoire de l’épidémie interrogent la tension entre mémoire communautaire et patrimonialisation. Comment penser la reconnaissance institutionnelle de ces lieux sans effacer leur dimension conflictuelle ? Comment éviter que la muséification des luttes ne participe à leur dépolitisation ? Les travaux d’Ann Cvetkovich (2003) sur les « archives des affects » invitent à considérer l’histoire orale et les archives communautaires comme des espaces où s’articulent trauma, intimité et mémoire collective. L’archive queer, loin d’être un simple dépôt documentaire, constitue une pratique politique, un geste de survie face à l’effacement. Les Archives gaies du Québec, comme d’autres initiatives communautaires, participent à cette production d’une contre-histoire qui défie les hiérarchies épistémologiques traditionnelles (Marshall, Murphy et Tortorici, 2014). Cependant, la visibilité accrue portée aux luttes des communautés LGBTQ tend parfois à invisibiliser l’expérience de l’épidémie vécue par d’autres groupes marginalisés.

Ce symposium entend interroger les conditions matérielles, épistémologiques et curatoriales de cette transmission, en invitant en autres au dialogue avec les luttes de groupes marginalisés dans des contextes autres que celui de l’épidémie du VIH/sida. Exposer les mémoires du VIH/sida implique de négocier des tensions entre spectacularisation et pudeur, entre récit intime et analyse structurelle, entre institutionnalisation et radicalité. Comment mettre en scène l’expérience du deuil sans reconduire les dispositifs compassionnels qui ont historiquement encadré les représentations médiatiques de l’épidémie ? Comment rendre visibles les dimensions intersectionnelles — raciales, genrées, migratoires, classistes — souvent marginalisées dans les narrations dominantes ? Enfin, à l’heure où les offensives conservatrices et nationalistes remettent en question les droits de groupes marginalisés, dont les personnes LGBTQIA+ et migrantes, et où les crises sanitaires récentes (notamment la COVID-19) réactivent des imaginaires épidémiques, revisiter les spatialités du VIH/sida permet d’ouvrir une réflexion plus large sur la gestion politique des crises, la distribution inégale de la vulnérabilité et les formes contemporaines de justice spatiale.

Ce symposium bilingue (français et anglais), organisé en parallèle d’une exposition sur le travail d’ACT UP Montréal présentée par les Archives gaies du Québec au MEM – Centre des mémoires montréalaises, conclut un cycle d’expositions consacrées aux liens entre crise du VIH/SIDA, spatialités queers et mémoire communautaire. En lien avec la mission du MEM et nos objectifs de réflexion sur le devoir de mémoire, le symposium sera ouvert grand public. Dans ce contexte, nous invitons des propositions de communications touchant tout autant l’analyse historique et contemporaine de la spatialisation des luttes VIH/sida et d’autres groupes marginalisés que la mise en archives et en exposition de ces luttes, entre autres autour des thèmes suivants :

·         Production sociale de l’espace et géographies queers

·         Appropriations militantes de l’espace urbain

·         Gentrification, effacement et patrimonialisation

·         Cartographies critiques des lieux disparus

·         Archives communautaires et épistémologies minoritaires

·         Archives communautaires comme pratiques de résistance

·         Histoire orale, affect et transmission intergénérationnelle

·         Enjeux éthiques et politiques de la numérisation

·         Muséologie critique et performativité de l’exposition

·         Exposer l’intime et le trauma

·         Esthétiques du témoignage et politiques du regard

·         Collaboration entre institutions et communautés

·         Intersectionnalité et mémoires différentielles

·         Invisibilisation des personnes queers racisées

·         Genre, travail du sexe, toxicomanie et hiérarchies mémorielles

 

Modalités de soumission

Nous invitons des propositions de communications individuelles d’une durée de 20 minutes en français ou en anglais. Les propositions (300 mots maximum) accompagnées d’une courte notice biographique (100 mots) doivent être envoyées avant le 17 avril 2026 à : anthony.raynal@umontreal.ca et olivier.vallerand@umontreal.ca.

Une partie des frais de déplacement seront remboursés.

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 Call for papers

Community Spatialities, Activism and Politics of Memory: Historicizing and Spatializing HIV/AIDS and the Struggle of Marginalized Groups

August 14–15, 2026
MEM – Centre des mémoires montréalaises, Montréal, Canada

Organized by Olivier Vallerand and Anthony Raynal, Université de Montréal

in partnership with the Archives gaies du Québec

 

The HIV/AIDS epidemic is a structuring event of late modernity, at the intersection of public health policies, regimes of media visibility, and the reconfiguration of sexual subjectivities. It produced an “epidemic of meaning” (Treichler, 1987), a discursive field saturated with competing interpretations, metaphors, and hegemonic narratives. Yet, today, the epidemic maintains an ambivalent relationship with memory: simultaneously present and threatened with erasure, institutionalized but politically neutralized (Castiglia and Reed, 2011). Far from being a mere object of medical history, HIV/AIDS has constituted a major theoretical laboratory for queer studies. Douglas Crimp (2002), Leo Bersani (2009), and Simon Watney (1987) have articulated a critique of representation, an analysis of regimes of respectability, and a denunciation of the moralizing mechanisms framing homosexual sexuality. The epidemic has thus contributed to reformulating the relationships between sexuality, visibility and power, by revealing the biopolitical logics (Foucault, 1972) governing the differential management of lives.

This symposium shifts these debates toward a deeper reflection on the spatial dimensions of the epidemic and its memories. While biopolitics regulates bodies, it is always embedded in concrete spatialities: hospitals, hospices, communal housing, but also bars, saunas, parks, streets, and private apartments. In this sense, space is not simply a framework, but an active agent of subjectivation and resistance (Bérubé 2003 [1984]; Urbach 1993; Ricco 1994, 2002; Betsky 1997; Tattelman 1997; Kotsioris 2020). In this sense, and particularly in the case of an epidemic crisis, urban space can be considered a social product, traversed by power relations and struggles for appropriation (Soja, 2010). Queer geographies have shown how sexual minorities have invested in and resignified urban fragments, transforming them into territories of sociability, desire, and solidarity. The HIV/AIDS epidemic has profoundly reconfigured these spatialities: some places have become spaces for care or mobilization, others sites of mourning, and still others have disappeared under the combined effect of mass mortality and gentrification (Schulman, 2012).

In Montreal as elsewhere, the transformations of the urban fabric and the institutionalization of sites commemorating the epidemic raise questions about the tension between community memory and heritage preservation. How can we conceive of the institutional recognition of these places without erasing their conflictual dimension? How can we prevent the museification of struggles from contributing to their depoliticization? Ann Cvetkovich’s work (2003) on “archives of feelings” invites us to consider oral history and community archives as spaces where trauma, intimacy, and collective memory intersect. Queer archives, far from being simple documentary repositories, constitute a political practice, an act of survival in the face of erasure. The Archives gaies du Québec, like other community initiatives, participate in this production of a counter-history that challenges traditional epistemological hierarchies (Marshall, Murphy, and Tortorici, 2014). However, the increased visibility given to the struggles of LGBTQ communities sometimes tends to make invisible the experience of the epidemic lived by other marginalized groups.

This symposium aims to examine the material, epistemological, and curatorial conditions of this transmission, inviting, among other things, dialogue with the struggles of marginalized groups in contexts other than the HIV/AIDS epidemic. Discussing the memories and histories of HIV/AIDS involves navigating tensions between sensationalism and discretion, between personal narrative and structural analysis, between institutionalization and radicalism. How can we stage the experience of mourning without perpetuating the compassionate frameworks that have historically shaped media representations of the epidemic? How can we make visible the intersectional dimensions—racial, gendered, migratory, class-based—often marginalized in dominant narratives? Finally, at a time when conservative and nationalist offensives are challenging the rights of marginalized groups, including LGBTQIA+ people and migrants, and when recent health crises (notably COVID-19) are reactivating epidemic imaginaries, revisiting the spatialities of HIV/AIDS allows us to open up a broader reflection on the political management of crises, the unequal distribution of vulnerability and contemporary forms of spatial justice.

This bilingual symposium (French and English), organized in conjunction with an exhibition on the work of ACT UP Montreal presented by the Archives gaies du Québec at the MEM – Centre des mémoires montréalaises, concludes a series of exhibitions dedicated to the links between the HIV/AIDS crisis, queer spatialities, and community memory. In line with the MEM's mission and our objectives of reflecting on the duty of remembrance, the symposium will be open to the general public. In this context, we invite proposals for presentations addressing both historical and contemporary analysis of the spatialization of struggles related to HIV/AIDS and other marginalized groups, as well as the archiving and exhibition of these struggles, particularly around the following themes:

·         Social production of space and queer geographies

·         Activist appropriations of urban space

·         Gentrification, erasure, and heritage

·         Critical cartographies of vanished places

·         Community archives and minority epistemologies

·         Community archives as practices of resistance

·         Oral history, affect, and intergenerational transmission

·         Ethical and political stakes of digitization

·         Critical museology and the performativity of exhibition

·         Exhibiting intimacy and trauma

·         Aesthetics of testimony and the politics of the gaze

·         Collaboration between institutions and communities

·         Intersectionality and differential memories

·         Invisibilization of racialized queer people

·         Gender, sex work, drug addiction, and memory hierarchies

 

Submission guidelines

We invite proposals for 20-minute presentations in French or English. Proposals (maximum 300 words) accompanied by a short biographical note (100 words) must be submitted before April 17, 2026 to anthony.raynal@umontreal.ca and olivier.vallerand@umontreal.ca.

Partial travel expenses will be reimbursed.

This symposium is organized with the financial support of the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada, the Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle and the MEM – Centre des mémoires montréalaises.

Ce symposium est organisé grâce au soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du Laboratoire d’étude de l’architecture potentielle et du MEM – Centre des mémoires montréalaises.